“ Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. ”
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu

Chimæra est un duo pour la salle où la scénographie, les recherches autour des techniques de cirque, la bande sonore et la perception des corps servent la construction d’une dramaturgie onirique.

Pour Jani Nuutinen, créer un spectacle est intrinsèquement lié à la scénographie et l’architecture, et passe donc par l’investissement d’un lieu. Il souhaite aujourd’hui se mettre à l’épreuve d’un nouvel espace, la salle en frontal, avec la même envie d’emmener le spectateur loin de ses repères.
Julia Christ développe une écriture largement expérimentée au plateau, en mouvement et en adéquation avec l’état de l’être.
Ensemble, sur un chemin instinctif et énigmatique, ils chercheront un langage cohérent qui les unisse et les surprenne, nourri de leur langage du cirque, de leurs souvenirs et intuitions.

La chimère est une créature monstrueuse qui transcende une définition normée de l’être. Elle est l’hybris, l’orgueil démesuré de vouloir rivaliser avec le divin. Dans cette idée, Chimæra interrogera l’ontologie dans son sens le plus général en s’intéressant à la signification du mot « être ». Transgressif et merveilleux, le spectacle fera ainsi apparaître la figure de l’alchimiste et proposera des expériences physiques qui cherchent à maîtriser les mouvements de la vie, voire à les créer.

Le lieu du spectacle sera un espace abandonné, instable, ouvert à la mutation. La scénographie pourra être celle d’un vieux laboratoire, un endroit mystérieux et fantastique. C’est un espace qui n’annonce pas le cirque, les agrès se construiront au fur et à mesure, devant les yeux des spectateurs, à partir des objets déjà présents.

dessin Julia Christ

Deux personnages cohabiteront dans cet espace, sans autre relation que celle des mouvements et des expériences. Leurs corps suivront une transformation tout au long du spectacle.
Pour lui ce sera une progression vers uen forme de primitivité. Avec un travail de manipulation de vêtements à la fois magique et absurde, Jani donnera vie à un être aussi ridicule qu’inquiétant, vaguement homme des cavernes.
Pour elle ce sera un va-et-vient de l’humain à l’animal. Danseuse et équilibriste, Julia utilisera des objets pour trouver de nouveaux équilibres et poursuivra aussi son travail de mouvement et d’équilibre autour de la tête – au moyen de casque-masque, bois, prothèse – ceci afin de faire apparaître des figures hybrides.

De la combinaison de leurs techniques de cirque respectives surgira une matière chimérique, une danse à deux. Les mouvements chorégraphiques ou acrobatiques auront pour but de soutenir la dramaturgie et non pas de proposer des exploits.
La manipulation portera aussi sur les éléments naturels – eau, terre, feu, air –  forces mécaniques à maîtriser pour créer le mouvement et la vie.

Ils font la promesse qu’une plante grandira, anormalement rapidement durant le spectacle.
La magie est aussi dans les yeux de celui qui regarde.